Dans le contexte spécifique des soins palliatifs, le jardin doit répondre à des besoins d’apaisement, de dignité et de reconnexion au vivant.
Voici les particularités essentielles qu’il devrait présenter :
1. L’accessibilité totale : « Le jardin vient au patient »
L’accessibilité est le socle du projet. En soins palliatifs, de nombreux patients sont alités ou en fauteuil.
- Seuils effacés : le passage de la chambre vers l’extérieur doit être fluide, sans aucune marche ni rail gênant.
- Largeur des allées : idéalement elles doivent permettre le croisement de deux lits médicalisés ou d’un lit et plusieurs accompagnants (2,50 m à 3 m).
- Sols stables : utilisation de matériaux fermes (béton désactivé, résine) pour éviter les secousses douloureuses.
2. L’intimité et la modulation des espaces
Le jardin de soins palliatifs doit offrir des « bulles » de retrait pour les familles et les patients.
- Les « salons verts » : créer des alcôves végétales où l’on peut se retrouver en toute discrétion, loin du regard des autres résidents ou du personnel.
- Gradation de la vie sociale : prévoir des zones de rencontre (place centrale) et des zones de solitude absolue (bout du jardin).
3. La stimulation sensorielle douce (L’approche « Snoezelen » de plein air)
L’éveil des sens permet de ramener le patient dans le « présent » et d’atténuer la perception de la douleur.
- L’ouïe : rechercher le bruissement du vent dans les graminées ou le chant d’une fontaine discrète (le bruit de l’eau masque les bruits hospitaliers stressants).
- L’odorat : utiliser des plantes aux parfums familiers et rassurants (lavande, romarin, rose), en évitant les odeurs trop entêtantes qui pourraient provoquer des nausées.
- Le toucher : installer des plantes aux textures variées (douceur de l’oreille d’ours, écorces lisses) à portée de main, notamment via des bacs de culture surélevés.
4. La symbolique du cycle de la vie
Paule Lebay insiste sur l’importance du jardin comme témoin du temps qui passe.
- Saisonnalité marquée : choisir des végétaux qui marquent les saisons (bulbes au printemps, couleurs d’automne). Cela permet de garder un lien avec le rythme naturel du monde.
- Attraction de la faune : planter des espèces mellifères pour attirer les papillons et les oiseaux, symboles de vie et de légèreté.
5. Le confort environnemental et la sécurité
- Maîtrise de l’ombre et de la lumière : la sensibilité à la lumière est accrue en fin de vie. Il faut multiplier les zones d’ombre (pergolas, arbres parasols) pour éviter la photophobie.
- Abri contre le vent : le patient affaibli est très sensible aux courants d’air ; des haies brise-vent sont indispensables.
- Repères visuels : le jardin doit être simple à lire pour éviter toute fatigue cognitive ou anxiété spatiale.